Soigner l’insomnie par les TCC

Un Français sur cinq souffre d’insomnie. Si la prise de somnifères demeure le recours principal pour de nombreux insomniaques, la thérapie comportementale et cognitive est une alliée méconnue pour retrouver le sommeil. Explications de Michel Billiard, neurologue et spécialiste des troubles du sommeil.

Propos recueillis par Lucien Fauvernier

Comment la thérapie comportementale et cognitive traite-t-elle l’insomnie ?

Michel Billiard : Le traitement comportemental consiste en deux points : la restriction du temps au lit et la thérapie par contrôle du stimulus. La restriction du temps au lit vise à réduire non pas le temps de sommeil, mais celui passé au lit. En effet pour compenser son manque de sommeil, un insomniaque aura tendance à se coucher tôt et se lever tard. En compagnie du thérapeute, le patient va tenir un carnet de sommeil et convenir d’une heure de réveil le matin qui restera la même, alors que l’heure du coucher devra varier. Le carnet de sommeil va permettre, au bout d’une ou deux semaines, de constater si la durée de sommeil augmente ou demeure basse et d’estimer une moyenne du « sommeil éprouvé ». En parallèle, on applique la thérapie par contrôle du stimulus, qui consiste à ne se coucher que lorsque l’on éprouve vraiment l’envie de dormir. Par exemple, si après 15-20 minutes au lit, on ne dort pas, il faut se relever pour pratiquer une activité calme comme la lecture. De même, si l’on se réveille dans la nuit à 4h du matin sans parvenir à retrouver le sommeil, il faut se lever. Certes ce n’est pas facile, mais c’est s’assurer de mieux régler son sommeil.

La deuxième partie de la thérapie, l’angle cognitif, se concentre sur les croyances nuisibles des insomniaques chroniques : il faut un minimum de 8h de sommeil pour bien fonctionner la journée, si je passe une mauvaise nuit cela sera pire la nuit prochaine… toutes ces idées sont fausses. En effet, ce n’est qu’au bout de plusieurs mauvaises nuits que le manque de sommeil va se faire ressentir. A l’aide d’un questionnaire, le thérapeute va redonner à l’insomniaque une véritable définition de ce qu’est le sommeil et comment celui-ci fonctionne. La relaxation vient en complément avec différentes techniques comme le training autogène, l’imagerie mentale, afin non pas d’améliorer directement le sommeil, mais de diminuer l’anxiété de l’insomniaque induite par sa crainte quotidienne de ne pas dormir.

Peut-elle remplacer totalement la prise de somnifères ?

Michel Billiard : Les études manquent à ce propos, pour savoir si les insomniaques ayant suivi une TCC ont totalement arrêté les somnifères ou non, notamment sur le long terme. Ce qui est certain en revanche, c’est qu’il ne faut jamais arrêter subitement les somnifères. La raison est simple : un sevrage brutal, surtout chez un consommateur de longue date est néfaste du côté tant psychologique que biologique, avec des risques cardiaques réels. Si l’on commence une TCC, ce n’est qu’à l’apparition des premiers que l’on pourra, sous surveillance médicale, diminuer les somnifères. La question sous-jacente c’est de savoir si l’on doit s’interdire complètement les somnifères. Même dans les cas où la thérapie fonctionne bien, cela n’empêche pas d’avoir parfois un petit pépin de sommeil : un ronfleur à proximité, des travaux en bas de chez soi…  Dans ces cas, on peut très bien prendre un somnifère de façon ponctuelle.

La thérapie comportementale et cognitive est-elle accessible à tous ?

Michel Billiard : Potentiellement oui, il n’y a pas véritablement de contre-indication. Il faut cependant être conscient que s’engager dans une TCC, c’est suivre un traitement au long court avec ses obligations et règles à suivre. C’est évidemment moins facile que de prendre un somnifère le soir avant de se coucher, car il faut au minimum 15 jours de suivi pour ressentir les bienfaits de la thérapie. Mais pour qui s’en donne la peine, la TCC est un remède très efficace pour soigner l’insomnie. Malheureusement, parmi tous les insomniaques que compte la France, très peu sont au courant de cela et sont traités ainsi. Il manque aussi de spécialistes formés aux TCC du sommeil. En effet, les médecins généralistes ne peuvent pas prendre en charge ce traitement car les consultations sont trop longues, tandis que trop peu de psychologues choisissent une telle spécialisation. Dans ce contexte, les plateformes qui proposent de suivre une TCC en ligne sont utiles dans le soutien qu’elles apportent aux personnes qui ont des problèmes de sommeil dans le suivi de leur thérapie. De plus elles permettent à un plus grand nombre d’insomniaques d’avoir la chance d’essayer autre chose qu’un recours systématique aux somnifères.

Article PSYCHOLOGIE Magazine de Mai 2017 : Soigner l’insomnie par les TCC